Fondations

Fondation en France – Chauffailles 1859

            Il y a 150 ans, Dieu choisit  Reine Antier, âgée de 58 ans, pour fonder la congrégation des Sœurs de l’Enfant-Jésus de Chauffailles. Pour elle, jamais ce projet n’avait  effleuré son esprit.

            Elle se voit ainsi conduite sur un chemin plein d’incertitudes, d’ombres, de souffrances de toutes sortes, de rejets même. Un cri sans cesse monte vers Dieu : « Que veux-tu de moi, Seigneur »? C’est la nuit. Quelle est donc la volonté de Dieu sur elle et sur la communauté existante? Reine vit un long chemin d’obscurité à travers une prière confiante.

            Dans un sérieux discernement, elle cherche la lumière. Elle se rend auprès du curé d’Ars pour lui demander conseil. Rassurée par  ses paroles « Dieu vous veut à Chauffailles », elle accepte d’avancer dans la foi. A l’exemple de Marie, elle se livre au projet de Dieu et lui dit « oui » dans un abandon total. Aussi, elle fait confiance à ses sœurs qui peuvent choisir de rester à Chauffailles ou de retourner au Puy.

            L’amour puisé dans la contemplation du mystère de l’Incarnation la pousse à avancer coûte que coûte, s’abandonnant au Dieu fidèle pour qui « rien n’est impossible ».

            Aujourd’hui, avec Reine Antier et avec toutes les sœurs qui nous ont précédées, osons dire du fond du cœur : « Fiat… Mon Dieu,  que votre volonté soit faite » !  (Lettres de Reine Antier, p. 100) 

Fondation au Japon en 1877

            Ce projet d’une fondation au Japon a mûri dans le cœur de Reine ANTIER et de Monseigneur PETITJEAN  durant plusieurs années… 1860… 1877… Ces deux missionnaires de l’Amour, sûrs de l’appel du Seigneur, s’accordent pour cette fondation.

            En 1877, quatre sœurs quittent leur pays, leurs familles pour le lointain Japon et cela pour la vie… Ce sont : Sœur Marie-Justine, 36 ans, dont le cœur est malade et qui sera la responsable de la future communauté ; Sœur Elie, 28 ans ; Sœur François-de-Borgia, 27 ans et Sœur Bernardine, 23 ans.

            En apprenant la nouvelle de cette future fondation, Mgr Bouange écrit à Reine Antier :  « Avec quel bonheur j’apprends que l’un de nos meilleurs vœux va être réalisé, que la sainte et si chère Église du Japon va recevoir notre famille. De quel cœur je bénis ces chères enfants (…). Le Seigneur sera avec elles : qu’elles aient pleine confiance, attendant tout de Lui, rapportant tout à sa gloire».

            Embarquées le 20 mai à Marseille, ce n’est que 52 jours plus tard qu’elles accostent à Kobe. On peut imaginer qu’un grand esprit de foi et d’abandon habite le cœur de ces vaillantes missionnaires. Elles arrivent dans un pays complètement inconnu dont elles ne connaissent ni la langue ni les coutumes. Dans une toute première lettre, Sœur Justine écrit : « On nous apporte des bébés et rien n’est prêt pour les recevoir, ni nattes, ni berceaux. Nous avons accommodé nos malles et nos caisses à cet effet. »

            Les communications avec la France sont lentes, ce qui  plonge nos sœurs dans une situation de détachement propre aux missionnaires. Dieu devient leur Maître et leur « supérieure ».

            Des nouvelles réconfortantes parviennent à Reine ANTIER. Une sœur lui écrit: « Je suis heureuse, ma bonne Mère, de vous dire que nous sommes bien unies toutes les quatre, que nous nous aimons bien, (nous souvenant)  de vos dernières recommandations : <La charité, mes enfants, la Charité ! Il faut beaucoup vous aimer pour faire le bien en mission> ».

            Avant de mourir, en 1883, Reine ANTIER a la consolation de savoir en plein accroissement cette œuvre si chère à son cœur. Elle lui avait envoyé  onze sœurs et un noviciat était canoniquement érigé.

            La mort de Mgr PETITJEAN, en octobre 1884,  fut pour la mission une perte immense qui plongea dans le deuil l’Église du Japon.

 

Fondation au Canada en 1912

            A la mort de Reine Antier, la congrégation compte 356 professes, 16 novices et 7 postulantes. Elle possède 111 établissements.

           Malheureusement, les lois de 1901 (en France)  assènent un coup terrible à la congrégation. 70 écoles sont fermées le même jour et les Sœurs, expulsées de leurs locaux. En tout, 102 établissements sont détruits. Pourtant, la congrégation conservait une existence légale, due à un décret de l’empereur Napoléon III, qui l’autorisait en tant que Société enseignante et hospitalière.

            Dans le but de poursuivre l’œuvre de l’éducation des filles, des Sœurs se sécularisent. La congrégation  perd la plupart des jeunes Sœurs et le noviciat est fermé. Quelles prières ferventes  montent vers le Seigneur face à cet avenir si sombre!

            Les Supérieures se débattent dans d’innombrables difficultés sans pourtant jamais perdre confiance. Comme beaucoup d’autres communautés religieuses, elles cherchent à s’implanter hors de France. En 1903, Des sœurs partent en Italie.

            Et voici qu’une demande inattendue vient intensifier leur espérance! Mgr Gustave BLANCHE, Vicaire apostolique du Golfe St-Laurent, de la province de Québec au Canada, désire vingt Sœurs pour diriger les écoles de filles dans plusieurs de ses paroisses. Au cours de l’été 1912, elles seront, non pas vingt mais quatorze à débarquer sur la Côte Nord et à se répartir dans quatre postes : Sept-Iles, Pointe-au-tonnerre, Pointe-aux-Esquimaux et Natashquan. 

            Les conditions de vie des Sœurs sont extrêmement difficiles. Le climat est rigoureux et l’isolement immense. De plus, elles perçoivent la stérilité de leurs efforts pour découvrir des vocations dans ces milieuxElles cherchent donc un endroit plus favorable pour réaliser leurs desseins.

            La Providence veille sur elles. En avril 1916, par l’intermédiaire d’un Père dominicain, elles apprennent que le curé de St-François-Xavier, de Rivière-du-Loup, cherche des religieuses pour son école de filles. Des démarches sont vite entreprises et, le 7 mai 1917, deux Sœurs arrivent dans cette ville. Au cours de l’été, douze autres Sœurs s’ajouteront dont deux françaises venant directement du Japon où elles étaient missionnaires.

            La construction du couvent n’étant pas terminée, les Sœurs s’établissent dans la sacristie de l’église. Les lieux sont exigus mais l’avenir s’annonce prometteur et les sœurs sont heureuses. A peine arrivées, elles accueillent six jeunes filles comme postulantes. Le Seigneur manifeste ses largesses et ses dons. Qu’il en soit béni et glorifié !

           Le 5 septembre, cinq d’entre elles déménagent à Saint-Ludger,  paroisse voisine, pour dispenser l’enseignement aux filles dans un couvent… encore inexistant!

           Prenons le temps de nous émerveiller du grand esprit congrégationnel qui animait nos sœurs. Voyons  quelques exemples choisis parmi nos Sœurs  arrivées sur la Côte Nord :

                   - Mère Ildephonse, missionnaire au Japon depuis 17 ans, accepte de venir au Canada. Après son retour en France, en 1919, elle retournera  
                      au Japon pour cinq autres années.

                  - Sr Marie-Priscilla, 22 ans, est professe depuis un mois seulement!

                  - Sr Emérence était allée en Italie pendant plus de trois ans.

                  - Sr Marie-Baptistine a 25 ans lorsqu’elle arrive au Québec. Cependant, depuis longtemps, elle avait au cœur le désir d’être missionnaire au
                     Japon. Son rêve se réalise en 1930 lorsqu’elle part pour ce pays avec Sr Saint-Paul (canadienne) . Elle y restera 22 ans et Sr St-Paul 36 ans.

             Et ce n’est pas tout! Trois sœurs françaises, missionnaires au Japon, sont venues directement de ce pays pour fonder en terre canadienne. Elles ont été envoyées par Mère St-Elie, l’une des quatre fondatrices choisies et envoyées au Japon par Reine Antier en 1877.  Ce sont :

                 - S. Marie-de-l’Incarnation qui a  26 ans de vie missionnaire. Elle avait fait profession des mains de Reine Antier.

                 - Sr Stanislas, avec une expérience de 26 ans aussi au Japon. Elle était novice quand Reine Antier est décédée. Elle mourra subitement en
                    1914 à Pointe-aux-Esquimaux.

                 - Sr Marcelle qui était au Japon depuis 14 ans.

           Et lorsqu’en 1917, les sœurs de la Côte-Nord essaiment vers Rivière-du-Loup, deux autres Sœurs françaises, missionnaires au Japon, viennent les rejoindre :

                 - Sr Marie-Flavie, missionnaire depuis 23 ans et Sr St-François-Xavier, depuis 10 ans. Celle-ci y retournera en 1928 accompagnée de Sr St-
                    Stanislas,  première sœur canadienne à partir pour le Japon. 

           Comment ne pas nous émerveiller du témoignage de ces sœurs totalement données au Seigneur et qui se sont montrées disponibles pour le servir en tous lieux ! Oui, ces sœurs pouvaient chanter : « Tu es, Seigneur, mon héritage ! Mon bonheur, c’est toi! »

 

Fondation en République dominicaine en 1969

            En 1967, la Province du Canada célèbre dans l’action de grâce le 50e anniversaire de son implantation à Rivière-du-Loup. La Province est florissante. Elle compte près de 250 sœurs et plusieurs novices et postulantes.

            En décembre, une demande pressante de Monseigneur Juan Félix Pepén, évêque d’Higuëy, en République Dominicaine, vient intensifier l’esprit  missionnaire des sœurs.  Monseigneur Pepén écrit à Mère Rose de Lima, Supérieure provinciale :

           « Nous avons un urgent besoin de religieuses pour prendre en main l’enseignement et l’éducation dans nos paroisses les plus déshéritées …. Je vous en supplie, ma Révérende Mère, si vous pouviez disposer de deux ou trois religieuses, vous rendriez un service indispensable à l’Amérique Latine. »

           Ce vibrant appel, faisant écho à celui lancé récemment par la CRC aux Supérieures majeures, ne reste pas sans réponse. Mère Rose le partage aux membres de son Conseil et  aux sœurs. S’enclenchent alors des réflexions et des démarches en vue de concrétiser ce projet qui correspond si bien à notre charisme.  En mars 1968,  voyage en R.D. de Mère Rose et de Sœur  Marie de la Trinité (Madeleine Gendron) ; rencontre avec Mgr Pepén ; visite de différentes localités. Malheureusement, à peine de retour au Québec, Mère Rose tombe malade. Elle qui désirait tant cette œuvre décède le 4  mai…C’est du haut du ciel qu’elle continuera d’appuyer ce projet.

          Le 15 janvier 1969, arrive le moment de la réalisation : Sœur Noëlla Frève et Sœur Solange Paradis partent pour aller fonder en République Dominicaine. Mais en quel endroit?... Pour réaliser quelle œuvre?... Où loger?... Pour aller de l’avant  dans l’abandon et la confiance, peut-être se répètent-elles ce verset du livre de Josué : « Sois sans crainte car Yahvé ton Dieu est avec toi partout où tu iras. » Josué 1, 9

           Les  recherches commencent, entremêlées de joies et de peines. Elles visitent différents endroits  et perçoivent de grands besoins. Pendant qu’elles avancent ainsi dans l’inconnu, elles se sentent bien entourées. Elles apprécient hautement  la cordialité, le désintéressement et les délicatesses des oblates, Suzanne et Michelle. Et que dire du témoignage de vie des Filles de la Charité où elles logent, à la Capitale. « C’est indicible ce que nous avons reçu d’elles. Nous avons vécu là des jours de ferveur, soulevées que nous étions par l’exemple de leur vie donnée sans réserve, dans la joie, le travail et l’observance religieuse ». 

           Au cours de ces nombreuses démarches, le Seigneur leur manifeste sa volonté par l’intermédiaire de personnes et d’événements. Alors que l’évêque de Santo Domingo veut les garder dans son diocèse, un conseil venant du Père Émilien Tardif, m.s.c. les fait réfléchir : Santo Domingo, leur dit-il, compte déjà beaucoup de religieuses. Ses besoins sont moins pressants que ceux d’Higuëy. Il faut considérer le rayonnement chez les pauvres.» Ces paroles résonnent en elles comme celles de Reine Antier : «  N’ayez pas de préférence, sinon pour les moins doués et les plus pauvres. »

Le 4 août, jour de la fête du saint Curé d’Ars, dans la petite église d’Higuëy, la lecture d’un passage du Document des évêques d’Amérique latine les bouleverse profondément. Ce texte souligne que « l’Église doit donner le témoignage en allant d’abord vers les pauvres, les déshérités, les analphabètes… » Et elles qui s’orientaient vers un hôpital à air climatisé.

Le lendemain, elles entendent  Mgr Pepén leur dire : « Vous n’irez pas à l’hôpital de la Romana, vous débuterez à Miches, par un dispensaire, la catéchèse et les autres besoins du milieu. Êtes-vous prêtes à cela ? » Elles répondent par un vibrant « Deo Gratias »!  Ainsi la Providence mettait fin à leurs recherches en leur montrant clairement la voie où elles devaient marcher. 

A la fin du mois d’août, elles arrivent enfin à Miches! Elles sont accueillies par le bon Père Daniel. Les gens, heureux de leur présence, vont les saluer, leur exprimer leur joie. La petite maison où elles habiteront est située à deux minutes de l’océan Atlantique. Le soir, elles peuvent s’endormir au bruit des vagues! La fondation commence! Et l’œuvre existe toujours! En cette année 2009, nous fêtons le 40e anniversaire de notre présence dans ce pays! 

En terminant, adressons en silence une prière à nos sœurs qui ont œuvré dans cette mission et qui partagent maintenant la joie du Père.   

- A Sœur Noëlla Frève, fondatrice, décédée le 31 mai 2000. 

- A Sœur Laurette Lavoie, ex-maîtresse des novices, si attendue dans  la mission. Elle fait partie du 2e groupe de sœurs qui s’envole le 4 janvier
              1970. Malheureusement, la maladie l’oblige à revenir au Québec dès la fin février. Elle décède  le 1e août de la même année.  

- A Sœur Aline Ouellet, qui au printemps 1977, termine avec succès  son baccalauréat en théologie. Dès septembre, elle s’envole,  heureuse d’aller
              œuvrer dans ce pays. Elle fait d’abord des stages à Miches et à Santiago dans le but de découvrir où elle pourra le mieux réaliser sa mission. Mais
              voilà que des problèmes de santé se manifestent, ce qui la poussent à revenir elle aussi, au pays natal, en mars 1978. Le 21 septembre, à l’aube de 
              ses 31 ans, Aline entre dans la Maison du Père. 

- A Sœur Louiselle Bélanger, infirmière.  Arrivée en République Dominicaine en 1977, elle travaille au dispensaire de Hato Mayor. Sa joie de vivre
              est communicative et appréciée de tous. En juin 1980, elle participe à Porto Rico à une session sur la contemplation et en revient comblée. En
              octobre, sa santé est si fortement ébranlée qu’elle  rentre au Québec pour y être hospitalisée immédiatement. Elle nous quitte le 16 novembre de la 
              même année.

 - Prions aussi le bon Père Daniel, Monseigneur Pepén et le Père Emilien Tardif d’intercéder pour nous et pour cette œuvre.

 

Fondation au Tchad en 1980 

            L’histoire de notre présence au Tchad trouve ses origines dans les démarches faites par l’évêque de Moundou, Monseigneur Régis Belzile, capucin canadien. 

            En 1977, il exprime son désir que des Sœurs de l’Enfant-Jésus aillent dans ce pays, où vivent différentes ethnies, pour donner le témoignage de vie d’une communauté internationale. Informé, le Conseil général mandate Sr Denise Lachance et Sr Rita Ménard pour investiguer sur les possibilités d’une aide éventuelle dans ce diocèse. Mère générale invite toutes les Sœurs de la congrégation à se solidariser dans cette recherche du bon vouloir de Dieu. Un grand vent de prière et de charité nous relie les unes aux autres Qu’en sera-t-il de cette démarche ?...

            Nos deux envoyées, parties en décembre, reviennent… font un rapport… Les responsables analysent dans l’esprit du charisme…puis font appel aux sœurs qui se sentent « une vocation d’apôtre »! 

            Puis des difficultés, des événements déroutants  surviennent et plongent la communauté dans l’incertitude face à ce projet. Dans une lettre datée du 4 mai 1979, Mgr Belzile communique l’état dans lequel est plongé le Tchad : «  La situation demeure toujours confuse et tendue bien que la vie reprenne peu à peu son cours normal. Il faut retrouver la confiance mutuelle pour la recherche des conditions d’une paix juste et durable. »  

            Malgré la situation incertaine qui sévit dans ce pays, le Conseil général décide, le 5 novembre 1979, de répondre affirmativement à Mgr Belzile en donnant le service de trois Sœurs! L’événement est propre à la congrégation tout entière! La nouvelle communauté aura un cachet d’internationalité avec des Sœurs venant de France (Sr Claudia Pastre), du Japon (Sr Annette Bérubé) et du Canada (Sr Claudette Roy). 

            Mais à quel endroit iront-elles ?... En juillet 1980, Mgr Belzile écrit à la Supérieure générale : « nous trouvons que le besoin le plus grand et le plus urgent pour le service que nous attendons de vos Sœurs se trouve présentement à Laï. » 

             L’heure du départ est venue! Le 28 août, elles s’envolent pour Rome vers la maison du généralat. L’Eucharistie dans laquelle est intégré un « envoi en mission » raffermit nos missionnaires dans les exigences d’un appel apostolique à la suite du Christ : « Êtes-vous prêtes à suivre le Christ dans son anéantissement en vivant dans l’obéissance, la chasteté et la pauvreté afin de vous laisser saisir de plus en plus par Lui et d’en être les Témoins en Afrique ?» Enflammées et décidées, elles répondent un « Amen » plein de confiance. Le Seigneur  Jésus n’a-t-il pas promis «d’être avec nous tous les jours de notre vie » ? (Mt 28,20)

             Le voyage vers cette terre promise est parsemé de difficultés et d’imprévus de toutes sortes : billets non confirmés, surplus de bagages, routes impraticables, etc., mais ce qui impressionne davantage nos Sœurs, c’est  l’accueil encourageant des  missionnaires rencontrés à Léré et à Kélo! Enfin, le 1e octobre, elles sont en route vers Laï! La saison de pluie vient de finir et le chemin est exécrable… et pour traverser le Logone gonflé à son maximum, il faut faire une 1ère expérience de pirogue…! Les Oblates de St-Joseph de Guidari et de Laï sont là pour leur offrir la bienvenue! Nos vaillantes missionnaires se sentent heureuses et bénissent le Seigneur d’avoir ponctué de sa main rassurante ce périple de plus de 30 jours!

             Sitôt installées, nos Sœurs s’engagent dans les activités paroissiales les plus urgentes. Elles sont impressionnées par la grande pauvreté, la famine, la maladie… L’adaptation se fait pénible au milieu de toutes ces souffrances, tellement que la plus jeune sœur ne dure qu’un mois et retourne au Canada. Bien grande épreuve de part et d’autres! Le duo restant se confie à la Providence et poursuit sa mission…. Les capucins sont pour elles de véritables frères qui leur partagent leur riche expérience. 

            Pour souligner le courage de nos Sœurs, il faudrait rappeler l’histoire de la guerre qui sévit… les tentatives de coups d’État…, les tueries en sourdine… Alors que les ressortissants sont priés de regagner leur pays, nos missionnaires entrent au Tchad et persistent à croire que l’amour de Dieu qu’elles portent apportera un baume auprès de ces gens laissés sans ressource. Elles ont vécu ce que saint François d’Assise disait à ses frères quand il les envoyait en mission : « Abandonne au Seigneur tout souci et il prendra soin de toi! » Chemins de saint François, N° 50, Mars-avril 2009, page 5.

 

Fondation au Cambodge

            Notre Congrégation est présente au Cambodge depuis 2002. Voyons cette belle page de notre histoire!

            Le Chapitre général de 1998 encourage fortement le Conseil provincial du Japon d’aller de l’avant dans son projet d’envoyer des sœurs dans un  pays moins favorisé d’Asie. Mais en quel pays?... Elles ne le savent pas!

            De façon providentielle, le Conseil provincial rencontre le Père Michitaka YAMAGUCHI, qui a une expérience de vingt ans avec le Mouvement missionnaire des laïcs japonais et qui connaît très bien les  pays d’Asie. Lorsque la Supérieure provinciale lui présente leurs critères en vue d’une éventuelle insertion de religieuses dans un pays défavorisé,  il lui suggère immédiatement le Cambodge. Rappelons qu’à partir de 1968, ce pays fut précipité dans la guerre. En 1975, le premier évêque khmer, Mgr Joseph Salas, ordonné depuis 3 jours seulement, ainsi que des prêtres et de nombreux Cambodgiens, chrétiens ou non, furent envoyés dans les camps de travaux forcés ouverts par les « Khmers rouges ». Le génocide de Pol Pot dura plus de trois ans et fit près de deux millions de victimes, soit le quart de la population.

            Revenons à notre histoire. En 2001, année du bicentenaire de la naissance de Reine Antier, les déléguées au Chapitre provincial du Japon adoptent la proposition d’ouvrir une mission au Cambodge. C’est le 15 août, jour de la fête de l’Assomption de la Vierge Marie!

            Le 5 juin 2002, nos trois premières sœurs arrivent au Cambodge: Sr Sumie YAMASAKI, Sr Sumiko KASHINO et Sr Kuniko SONODA. Elles sont accompagnées de Sr Sayako KUROKI. Le lendemain de leur arrivée à Phnom Penh, elles se rendent à l’église pour offrir au Seigneur une prière de reconnaissance et d’abandon. Comme toutes missionnaires, elles savent qu’elles seront confrontées à une autre langue, une autre culture, d’autres habitudes…Mais elles demeurent confiantes car elles croient profondément que le Christ les accompagne : « Je suis avec vous tous les jours »(Mt 28,20)

           Durant les six  premiers  mois, leur tâche consiste à étudier le khmer. Il leur en faut  du courage pour sortir dans cette ville (Phnom Penh) où personne ne parle japonais.Chaque jour, malgré la chaleur torride, elles se rendent en moto  à l’école de langue. Au retour, elles font leurs courses puis, en arrivant à leur habitation, elles font la cuisine, la lessive et le ménage…Combien de nuits passent-elles sans sommeil, couvertes de sueur et dérangées par  les grenouilles qui coassent et les insectes qui bourdonnent ?... Leur plus grande difficulté (misère) est vraiment cette chaleur accablante et la lutte contre les nuages de moustiques ou les colonnes de fournis! Peut-être partagent-elles un peu les épreuves qu’ont connues les quatre premières sœurs françaises lorsqu’elles sont arrivées au Japon?... Fréquemment, elles ont à se rendre à la clinique ou à l’hôpital pour des excès de fièvre, des troubles intestinaux, des blessures… 

            En décembre, elles se dirigent vers Siem Reap pour mettre leur vie au service des plus pauvres. C’est avec joie que le Père HERI, curé de la paroisse, les accueille. Lorsqu’elles apprennent qu’elles sont attendues pour participer aux activités de l’Église, elles jubilent et s’émerveillent! Vraiment, le Seigneur les appelait en ce lieu! Le projet des activités de l’Église présenté  par le Père HERI correspond bien au Charisme-mission de notre Congrégation. Elles auront  la tâche d’éduquer les enfants à l’hygiène (prendre une douche) et d’organiser un programme pour la promotion de la santé (distribuer lait et aliments aux enfants). Le Père souligne l’importance de travailler en collaboration : prêtre, laïques et religieuses.   

            L’arrivée, en avril 2003, de Sœur Louise Lafontaine, religieuse canadienne de l’Assomption qui vécut durant de nombreuses années au Japon, fut pour nos sœurs, une véritable bénédiction du Seigneur! Comme Sr Louise parle couramment l’anglais et le français et qu’elle s’exprime aussi en japonais, elle se fait volontiers l’interprète de nos sœurs et collabore à leurs diverses activités.    

            Une année passe et  nos trois missionnaires font le bilan de leur expérience avec la Supérieure provinciale et le Père HERI. Comme elles ne maîtrisent pas encore le khmer et que leur connaissance de l’anglais est insuffisante, elles ont constamment besoin d’interprètes. Vu ce sérieux handicap, elles se demandent si leur présence est  valable et si elles font bien de demeurer dans ce pays. La réponse du Père HERI surgit, spontanée et directe : « Les Cambodgiens n’ont pas besoin de langue humaine, ils ont besoin d’amour et vous leur apportez la Parole de Dieu, vous rayonnez l’Amour de Dieu. Alors, votre présence ici est très importante » !  

           On peut s’imaginer qu’en entendant ces paroles encourageantes, nos vaillantes missionnaires se sont rappelé ces mots de Reine Antier : « Vous les toutes petites, associées de si près à la grande œuvre de l’évangélisation, vous êtes bienheureuses »! (Découvrir Reine Antier, p. 14)




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