Entretien sur le charisme

 

LES SŒURS DE L’ENFANT-JÉSUS DE CHAUFFAILLES

 150 ANS au service de la Vie.

 

 

INTRODUCTION

Nous sommes en fête! Le 14 septembre 1859, une nouvelle Congrégation naissait! Célébrer 150 ans de vie et d’histoire, c’est d’abord célébrer la vie dans l’aujourd’hui. C’est pourquoi un peu partout, des fêtes s’organisent et nous permettent de nous retrouver avec des personnes qui, comme vous, connaissent une communauté ou un membre de la Congrégation. Célébrer 150 ans de vie et d’histoire, c’est aussi retourner aux origines et refaire le chemin de ces années qui nous conduisent à aujourd’hui. Puissé-je vous faire entrevoir un peu de la beauté et de la fécondité de notre Congrégation à travers ce parcours que je vous propose.  

 

1ère PARTIE

Un bref aperçu de la Congrégation d’abord. La  Congrégation est née au X1Xième siècle, en France, à Chauffailles plus précisément, petite ville du sud de la Bourgogne, à environ quatre-vingts kilomètres au nord de Lyon. Sa fondatrice se nomme Reine Antier. La Maison généralice est en France et la Maison provinciale de la Communauté au Canada est à Rivière-du-Loup. 

 

Nous sommes une Congrégation internationale qui compte un peu plus de quatre cents religieuses réparties dans six pays sur quatre continents. Nous avons été avant tout une congrégation enseignante, mais aussi hospitalière depuis les débuts. Fondée en 1859, notre Congrégation répondit très rapidement aux besoins d’éducation dans quelques diocèses de France. Puis vint du Japon un appel missionnaire; dès 1877, dix-huit ans après sa fondation, des sœurs françaises y commenceront une œuvre qui est toujours très vivante aujourd’hui encore. Les sœurs Japonaises sont au nombre de deux cent soixante environ, donc près des deux tiers des sœurs de toute la Congrégation.

 

Revenons en France. En 1901, l’État se durcit vis-à-vis de l’Église : des lois interdisent l’enseignement aux Congrégations religieuses. Entre juillet et octobre 1902, cent deux écoles où œuvrent les Sœurs de l’Enfant-Jésus sont fermées, le plus souvent incendiées, les communautés expulsées, dont soixante-dix communautés le même jour. Le choix laissé par ces lois? Poursuivre la présence dans le monde scolaire et pour cela, devoir quitter la Congrégation, renoncer à tout signe de consécration religieuse et à tout lien visible avec la Congrégation. Ou encore, quitter l’enseignement, inventer d’autres manières de vivre l’éducation chrétienne en paroisse, ou encore partir hors frontières. Vous comprenez, notre Congrégation comptait alors quatre cents religieuses en France et il fallait les loger, les nourrir et subvenir à leurs besoins, ce qui était impossible. Environ deux cents d’entre elles quittèrent la Congrégation pour continuer l’œuvre de l’enseignement et on peut comprendre que la plupart de ces femmes étaient de jeunes religieuses. L’épreuve fut très douloureuse pour toutes les sœurs de l’Enfant-Jésus, celles qui se sécularisèrent et celles qui restèrent, et pour les populations touchées également.  

 

En 1904, des sœurs de l’Enfant-Jésus quitteront la France pour l’Italie et y demeureront jusqu’en 1938; trois communautés enseigneront en Toscane. Et ce n’est qu’en 1912 que des Sœurs de l’Enfant-Jésus pourront venir au Canada, au Québec plus précisément, sur la Côte-Nord et la Basse Côte-Nord; elles seront quatorze sœurs réparties dans quatre paroisses, de Sept-Iles à Natashquan, en passant par Rivière-au-Tonnerre et Havre Saint-Pierre (Pointe-aux-Esquimaux), espérant toujours que leur soient accordées des conditions plus favorables. Elles étaient venues avec le désir de se recruter, mais il était impossible aux sœurs de penser un noviciat en ces lieux. Leur désir se concrétisa avec l’invitation à s’établir à Rivière-du-Loup en 1917. Dès le début, des jeunes filles venaient et demandaient à faire leur noviciat. Très tôt, on se mit à ouvrir des couvents ici et là au Québec puisque des paroisses demandaient des sœurs de l’Enfant-Jésus. 

 

En 1969, à la demande d’un évêque d’un diocèse de la République dominicaine qui désire des Sœurs de l’Enfant-Jésus, la Province religieuse du Québec y fait une fondation. Nos sœurs du Québec continuent cette œuvre avec nos sœurs dominicaines et une sœur japonaise. Plus tard, en 1980, un projet est né au Québec à la suite d’une demande d’un évêque du Tchad originaire du Québec, en vue d’une fondation au Tchad, en Afrique; ce projet fut réalisé et est toujours porteur de grands fruits. Des sœurs japonaises et des sœurs du Québec travaillent ensemble et y sont très engagées. Et le pays dernier-né de la Congrégation, c’est le Cambodge. Des sœurs japonaises continuaient de manifester le désir d’aller missionnaires; l’Afrique, oui, mais pourquoi pas aussi l’Asie? Et depuis 2002, les Sœurs de l’Enfant-Jésus du Japon sont présentes au Cambodge.  Je vous en parlerai plus longuement tout à l’heure.

 

2ième PARTIE

Je veux vous dire quelques mots maintenant de ce qui est au cœur de notre Congrégation. Nous sommes les Sœurs de l’Enfant-Jésus de Chauffailles. Notre appellation de Sœurs de l’Enfant-Jésus ne nous renvoie pas à la beauté d’un petit bébé mignon, vous vous en doutez. Notre admiration et notre étonnement devant la crèche, c’est notre admiration et notre étonnement devant notre Dieu qui se fait enfant, le Verbe incarné, notre Dieu qui se fait l’un de nous, qui vient dans notre monde pour y demeurer à jamais! Notre nom, « Sœurs de l’Enfant-Jésus », exprime vraiment notre identité, notre charisme et notre mission : nous sommes appelées à aimer, et à emprunter le chemin qu’a pris Jésus pour rendre visible l’amour du Père. Dieu qui vient se faire le plus petit, qui vient se faire si proche, pour nous rejoindre. Pour nous, sœurs de l’Enfant-Jésus, c’est cet amour que nous avons la mission de manifester.

 

3ième PARTIE 

Je vous ai dit que je reviendrais sur l’histoire de la Congrégation. Mais comment parler de cette histoire sans tenir compte de ce qui l’anime vraiment? Je propose donc de regarder avec vous, à travers notre fondation et notre présence dans les pays où nous sommes maintenant, comment notre Congrégation a prolongé et prolonge la naissance de Jésus, son Incarnation, comment elle prolonge la présence et les attitudes de Jésus qui se donne à notre humanité et qui prend corps dans notre humanité. C’est le charisme, le don qui a été fait à notre Fondatrice Reine Antier et c’est notre vocation de sœurs de l’Enfant-Jésus.

 

 

A. La fondation en France, au Puy vers 1668 et à Chauffailles en 1859.

D’abord la fondation en France. Notre Congrégation s’enracine dans une Congrégation née au XV11ième siècle, en France, une Congrégation dont la mission première était de former des jeunes filles à l’enseignement. C’est en partie à cette Congrégation, les Sœurs de l’Enfant-Jésus du Puy, que nous devons d’avoir vu le jour à Chauffailles. En effet, en 1846, les Sœurs de l’Enfant-Jésus du Puy sont demandées à Chauffailles par le Curé qui veut fonder sur sa paroisse un établissement capable de former des institutrices.  C’était vraiment la spécialité des sœurs du Puy. Neuf sœurs, dont Reine Antier, sont désignées pour cette fondation. 

 

Faisons ici une toute petite parenthèse pour dire que Reine Antier possédait un cœur de feu! Depuis sa jeune enfance, elle avait expérimenté la confiance et la liberté que donne l’assurance d’être aimée de Dieu; et elle est éprise du désir de partager cette certitude et ce bonheur. La source du dynamisme de toute sa vie, c’est son désir passionné que, depuis Bethléem, l’Amour se répande partout dans le monde. 

 

Chauffailles accueille donc en elle et celles qui l’accompagnent des femmes désireuses  de partager cet Amour qui les habite. Elles formeront des femmes capables d’aller enseigner, comme on le faisait au Puy.  Et à la manière de Jésus, elles se feront très proches des enfants tout particulièrement, mais aussi des gens de Chauffailles, les approchant comme si c’était Jésus lui-même. Elles chercheront par toutes sortes de moyens à améliorer la qualité de vie matérielle et spirituelle de cette population.

 

Durant les dix années qui suivirent leur arrivée, un noviciat fut ouvert et déjà la communauté pouvait subvenir aux besoins de soixante-dix établissements d’enseignement fondés par Reine Antier dans quatre diocèses. Il n’en fallut pas plus pour que le curé de Chauffailles, puis l’Évêque du diocèse, veuillent faire de cette branche importante  de l’Instruction du Puy une Congrégation autonome et indépendante. La séparation de Chauffailles d’avec le Puy aura donc lieu en 1859, après que Reine Antier eut pris conseil auprès du Curé d’Ars, qui lui confirme que « le bon Dieu la veut à Chauffailles ». Le 14 septembre 1859, en la fête de la Croix glorieuse, l’Église reconnaît l’existence de la nouvelle Congrégation. Une fois la séparation accomplie, Reine Antier fera des plus pauvres une priorité apostolique, qu’il s’agisse d’enfants, de malades ou d’une région entière. De plus, le désir de faire connaître la Bonne Nouvelle hors frontières de France ne tardera pas à devenir réalité avec la fondation au Japon en 1877. Quand Reine Antier meurt en 1883, les sœurs de l’Enfant-Jésus sont au nombre de trois cent cinquante religieuses, seize novices et possèdent cent onze  établissements.   

 

Que deviennent aujourd’hui les Sœurs en France? Elles sont dix-huit sœurs françaises dont l’âge varie de soixante  à quatre-vingt-douze ans. Plusieurs de ces femmes sont toujours engagées, soit en pastorale paroissiale et animation spirituelle dans quelques paroisses, soit en catéchèse, et aussi auprès des malades qu’elles visitent. Quelques sœurs japonaises et québécoises partagent cette mission. 

 

 

B. La fondation au Japon, en 1877.

Il était de la volonté de Reine Antier que la nouvelle Congrégation soit missionnaire hors frontières. Comment cela se réalisa-t-il? Le premier aumônier de la Congrégation naissante était un prêtre qui brûlait du désir d’aller en mission et qui ne tarda pas à réaliser son rêve. Il partit se former aux Missions étrangères de Paris puis fut désigné pour le Japon. Mais l’entrée au Japon était encore très compliquée. Vous savez sans doute qu’au Japon, les chrétiens ont connu trois siècles de persécution violente et de fermeture du pays à tout étranger. Tout signe et expression de la foi chrétienne équivalait à une mort certaine, et beaucoup sont morts. On sait qu’au temps de Saint François-Xavier, des gens s’étaient convertis à Jésus Christ et l’Église catholique était née au Japon, vers la moitié du XV1ième siècle, dans ce pays où les deux principales religions sont le Bouddhisme et le Shintoïsme. Imaginez, durant ces trois siècles de persécution, les chrétiens s’étaient transmis fidèlement l’essentiel de la foi chrétienne sans sacrement autre que le baptême qu’ils donnaient eux-mêmes à leurs enfants, en l’absence de tout prêtre. Ils s’étaient aussi transmis la certitude qu’un jour des missionnaires catholiques les rejoindraient à nouveau, reconnaissables à trois signes : la dévotion à Marie, la fidélité au « chef » de Rome et le célibat des prêtres. 

 

Après une dernière période de persécutions, les chrétiens peuvent librement vivre leur foi à partir de 1873. Entré au Japon en 1863, cet aumônier, monsieur Petitjean, fut sacré premier évêque du Japon après la levée de l’interdiction de la foi chrétienne en 1873. La foi pouvait désormais s’exprimer  et les besoins étaient grands. Il ne tarda pas à faire connaître à Reine Antier son désir d’avoir des sœurs de l’Enfant-Jésus de Chauffailles, ce qui se réalisa en 1877. Quatre sœurs partirent vers ce peuple si différent, sans en connaître ni la langue ni la culture. Vous pouvez imaginer ce que ces femmes inventeront pour nourrir la foi de cette population qui était restée trois siècles à se transmettre en cachette, de génération en génération, les rudiments de la foi. 

 

Depuis les débuts, les sœurs ne cessent de proposer l’Évangile; elles l’ont vécue et le vivent toujours, s’occupant des enfants, des personnes handicapées, des pauvres, et leur générosité se traduit de tant d’autres façons. Leur esprit missionnaire est impressionnant. Elles ont ouvert des communautés dans l’île d’Amami-Oshima, une île du sud du Japon où les lépreux étaient très nombreux. Elles recueillaient les bébés dont la mère était atteinte de la lèpre afin de les protéger et elles en avaient parfois quinze dans leur maison. Puis elles ont fondé des orphelinats et sont allées et vont, comme d’autres sœurs de l’Enfant-Jésus dans le monde, là où personne ne va… Les sœurs tiennent encore quelques grandes écoles dans quelques villes du Japon. 

 

Je ne terminerai pas avec le Japon sans vous dire que nos sœurs japonaises ont connu la bombe atomique et beaucoup en sont mortes, principalement à Nagasaki car là était le lieu de la Maison provinciale.  En causant avec une sœur canadienne qui a vécu vingt-cinq ans au Japon, cette dernière me disait que les quarante sœurs les plus formées pour l’enseignement de nos collèges avaient été retirées des autres villes immédiatement après la catastrophe d’Hiroshima le 6 août 1945, et amenées à Nagasaki où le risque d’un semblable malheur semblait beaucoup moins grand. La plupart ont été tuées le 9 août, trois jours plus tard, par la bombe atomique larguée sur Nagasaki. Voilà pour notre province du Japon!

 

 

C. La fondation au Canada, dans la province de Québec, en 1912.

Venir de France au Québec, en 1912, c’était pour la Congrégation trouver un lieu afin de  continuer l’œuvre et de garder le charisme vivant; on a évoqué au début de l’entretien la situation causée par l’interdiction faite aux religieuses de France d’enseigner. Les premières religieuses françaises qui viendront de France seront rejointes par un groupe de sœurs françaises venues du  Japon, et seront au nombre de quatorze. Ces filles de Reine Antier, éducatrices chevronnées, ont connu des débuts très pénibles dans cette région du Québec où elles sont arrivées: difficultés de communication avec la France et entre leurs maisons puisqu’il n’y avait ni téléphone, ni route reliant les villages, C’était la très grande pauvreté, le climat hostile, les difficultés pour s’alimenter, et j’en passe. Deux d’entre elles moururent en ces toutes premières années. Ces femmes donnèrent le meilleur d’elles-mêmes, mais il fallait trouver des conditions permettant l’ouverture d’un noviciat.

 

Heureusement leur désir d’être acceptées dans un milieu plus favorable se concrétise en 1917. Elles quittent la Côte-Nord et arrivent à Rivière-du-Loup. Là encore, les conditions sont difficiles. Elles sont quatorze religieuses, dont deux sœurs françaises venues du Japon, et elles accepteront six jeunes filles qui demandent à les rejoindre dès le début; elles seront donc 20 et auront pour seul logis pendant presqu’un an la sacristie de l’église, tout en s’occupant de la construction de leur couvent. On peut deviner quel amour de Dieu et quelle passion habitaient ces femmes! Les sœurs seront dès le début au service de l’enseignement et très tôt, elles seront demandées pour prendre en charge des écoles dans différentes paroisses de la province. 

 

Dix ans seulement après leur arrivée à Rivière-du-Loup, de jeunes sœurs du Québec seront déjà présentes au Japon, avec des sœurs françaises et les sœurs japonaises. Elles se consacreront à l’enseignement de la foi et à l’éducation de la jeunesse. Je faisais mémoire tout à l’heure de la bombe atomique et de ses effets terribles. Nos sœurs québécoises, au nombre de neuf à ce moment au Japon, feront elles aussi l’expérience douloureuse des camps de concentration et de la bombe. Aucune n’en mourut directement, mais la plupart d’entre elles connurent des maladies dues  aux  radiations, maladies la  plupart du temps inexplicables par la médecine. 

 

Comme ce fut le cas en France depuis les tout débuts, nous avons été, au Québec,  en charge de la formation de nombreuses enseignantes puisque nous avions ouvert une École normale à Rivière-du-Loup; quand les écoles normales  ont été abolies, cette école a été transformée en école secondaire privée; elle existe toujours sous le nom de Collège Notre-Dame et accueille chaque année environ cinq cents étudiants et étudiantes.    

 

Actuellement, notre province religieuse au Québec compte environ 115 membres dont 17 sont en service en France, en République dominicaine et au Tchad. Même si nous avons pour la plupart atteint l’âge de la retraite, toutes celles qui en sont capables demeurent engagées, un peu comme nous le sommes à Lévis et à Québec. Plusieurs sœurs œuvrent en pastorale paroissiale, en animation spirituelle, s’occupent  de la préparation aux sacrements en paroisse, de l’éveil de la foi des enfants, collaborent dans des maisons de ressourcement spirituel, s’affairent aux services communautaires, et j’en passe. Créer de la beauté par le biais des arts fait aussi grandir les personnes. Puis des sœurs sont engagées de façon plus spécifique au service des malades et des pauvres: vestiaire, cuisine collective, visites aux malades et personnes démunies, soins palliatifs pour ne donner que ces exemples. Elles sont aussi une présence auprès des personnes âgées ou malades. La Maison provinciale, à Rivière-du-Loup, abrite aussi une véritable petite école de la foi destinée spécialement aux laïcs. Nos sœurs âgées et nos sœurs malades participent grandement à la mission par leur témoignage de vie, leur prière et leur intérêt à ce que nous vivons.  

 

Notre province religieuse du Canada a aussi des Associés à la Congrégation depuis 1995, c’est-à-dire des femmes et des hommes qui vivent du charisme de la Congrégation. Ils sont actuellement près de soixante. Chaque année, des personnes nouvelles se joignent à nous. Cependant nous n’avons pas actuellement au Québec de jeunes en formation à la vie religieuse, mais dans l’ensemble de la Congrégation, elles sont près de 20, soit au Japon, en République dominicaine ou au Tchad.

 

 

D. La fondation en République dominicaine, en 1969.

Nos sœurs sont en République dominicaine depuis déjà quarante ans. En fondant cette mission, on a voulu aller là où la pauvreté et les besoins étaient les plus grands. Les débuts sont éprouvants, car marqués par le décès de quelques sœurs dont l’âge varie de 30 à 45 ans environ. Puis nos sœurs ont construit des écoles, organisé des dispensaires pour fournir des médicaments et soigner les malades, car ces derniers étaient souvent sans soin à cause de l’isolement et du manque d’argent; beaucoup d‘enfants ne pouvaient aller à l’école. La lèpre est aussi un problème dans ce pays et depuis les débuts, les personnes qui en souffrent constituent une priorité pour nos sœurs. Ces dernières sont aussi très impliquées dans la formation des catéchistes. 

 

Le Noviciat continue de donner à l’Église de la République dominicaine et à la Congrégation des femmes très engagées. Puis nos sœurs ont commencé ces dernières années à rassembler des personnes qui se reconnaissent une parenté spirituelle avec la Congrégation et déjà, ce projet d’associées est bien vivant en République dominicaine.

 

Les sœurs québécoises, au nombre de sept, et les sœurs dominicaines, au nombre de six, de même qu’une sœur japonaise, travaillent ensemble. Elles sont présentes dans cinq villes ou villages et offrent une présence de tous les jours à ces gens. 

 

 

E. Fondation au Tchad, en 1980.

Le Tchad, on le sait, est un des pays les plus pauvres et les moins organisés de l’Afrique et du monde. Avant que la décision de cette fondation soit prise, deux sœurs étaient allées sur les lieux explorer les besoins et évaluer la situation, reconnaissant partout les traces terribles de la guerre. Une sœur française, deux sœurs canadiennes, dont l’une arrive de vingt-cinq ans de service au Japon, seront nos premières missionnaires pour l’Afrique. À peine nos sœurs commencent-elles à s’adapter aux difficiles conditions que la guerre éclate à nouveau. Les débuts sont donc périlleux. Elles ne savent jamais à quoi s’attendre. Elles doivent se cacher, et étant assiégées par l’armée, elles ne savent jamais à quel moment elles peuvent être tuées. Les Congrégations se retirent alors les unes après les autres, et malgré tout, nos sœurs décident de rester avec ce peuple et de le soutenir.   

 

Depuis 1980, nos sœurs sont présentes au Tchad, maintenant dans trois villes ou villages. Elles sont cinq canadiennes et sept japonaises. Que font nos sœurs au Tchad? Depuis longtemps déjà, elles sont responsables, à N’Djaména, du Centre d’accueil par où transitent tous les missionnaires du pays. Une sœur travaille aussi en pastorale paroissiale et accompagne quelques jeunes filles désireuses de s’engager dans la Congrégation. Depuis février, l’une d’elles a entrepris son noviciat. C’est une promesse d’espérance! 

 

Dans une petite ville, nos sœurs ont également la responsabilité d’un foyer Nazareth où des jeunes filles de la brousse viennent demeurer afin de pouvoir se scolariser. Nos sœurs les accueillent, les aident dans leurs études et leur proposent les valeurs chrétiennes. Elles les forment aussi afin qu’elles deviennent des femmes éduquées et responsables. Dans ce même lieu, nous avons un Centre vocationnel où des jeunes filles désireuses de cheminer peuvent être réunies, formées à la vie chrétienne et discerner leur vocation. Dans un autre village, nos sœurs ont construit des écoles pour assurer  l’éducation des enfants. 

 

Dans ces trois endroits, les sœurs japonaises et les sœurs  canadiennes travaillent ensemble, et assez souvent, là où elles s’occupent d’un foyer Nazareth, elles reçoivent l’aide de personnes laïques désireuses de collaborer. Puis une femme de Rivière-du-Loup, au Québec, a pris en charge la direction d’une école durant deux ans.  Ces femmes, jusque là des québécoises ou des françaises, demeurent avec nos sœurs et témoignent de la possibilité de vivre ensemble en harmonie, dans ce pays où les problèmes entre ethnies sont si fréquents. D’ailleurs, l’Évêque qui avait demandé des sœurs avait souhaité un groupe fait de sœurs venant de cultures différentes pour cette raison.  

 

 

F. Fondation au Cambodge en 2002.           

Le dernier-né des pays où nous avons une fondation depuis 2002, c’est le Cambodge. Cette mission était rêvée et priée depuis plusieurs années dans la Congrégation.  Comme je l’ai dit précédemment, ce sont nos sœurs japonaises qui ont assuré cette fondation. Elles ont dû rentrer avec une association laïque et sans aucun signe qui laisse deviner qu’elles étaient religieuses.  Nos sœurs japonaises sont d’abord allées voir et constater où étaient les besoins les plus criants dans ce pays. Elles ont alors décidé d’aller habiter une ville du nord, là où on a refoulé les réfugiés, des gens à qui on a refusé un coin de terre pour se loger et habiter. Ces gens très pauvres, ils sont en grande partie des Vietnamiens qui ont quitté leur pays lors de la guerre et qui ont trouvé refuge au Cambodge; ils sont aussi des Cambodgiens qui ont vécu le régime de Pol Pot, quinze ans d’horreur de 1975 à 1990, et qui se sont retrouvés dans des situations plus que précaires, ayant tout perdu. 

 

Ces gens où arrivent nos sœurs habitent des cabanes sur pilotis dans des endroits insalubres au bord de l’eau, près d’un grand dépotoir, de véritables ghettos quoi. Que font alors nos sœurs? Après s’être mises à l’étude de la langue Kmer, afin de pouvoir communiquer, elles visitent et aident des familles pauvres, s’occupent des enfants, voient à leur hygiène, leur donnent à manger et font pour eux et leur famille combien d’autres choses afin de les aider à sortir de cette misère. Quatre jours pendant la semaine, elles réunissent les enfants de six à douze ans, deux cents enfants non scolarisés, les lavent, leur donnent à manger et leur enseignent les choses élémentaires. Elles sont pour les gens une présence humaine et humanisante dans ce contexte où ces personnes ne sont pas reconnues, où elles n’ont pas de statut social, où le désespoir peut les guetter si facilement. Aimer ces gens et leur redonner un sentiment de dignité humaine, voilà ce qu’elles font. Leur témoignage de vie, dit l’évêque de  ce diocèse, est une aide très grande pour ces vietnamiens et cambodgiens qui ont eu toujours de grandes difficultés à cohabiter dans ce milieu et qui peu à peu, se sentent invités à se réconcilier.  

 

L’apprentissage de la langue Kmer demeure une difficulté réelle pour nos sœurs.  Aussi elles ont remis en question leur présence en ce pays, se demandant si elles étaient utiles, la communication par la parole étant presque impossible. Le prêtre qui les avait accueillies et à qui elles partageaient leur inquiétude, leur a dit : « Ce n’est pas de la langue humaine dont ces personnes ont besoin, c’est de cœurs missionnaires  et c’est ce que vous leur offrez ». Elles ont su dès lors qu’elles resteraient avec ce peuple. Notre supérieure générale, en visite au Cambodge, a entendu l’Évêque du lieu et le prêtre dire de ces femmes qu’elles sont des témoins de l’amour de Dieu. En exerçant leur charisme de présence au milieu des pauvres, leur témoignage en est un d’amour et de tendresse. 

 

Les sœurs japonaises ont depuis deux ou trois ans ouvert une seconde mission à la capitale Phnom Penh; elles travaillent déjà à la formation des jeunes filles qui pourront enseigner et éduquer les enfants, et elles font ce travail au niveau de tout le diocèse. Une grande école a aussi demandé les services d’une sœur infirmière.     

 

J’aimerais souligner que nos sœurs, rentrées incognito sous les recommandations explicites de l’Évêque, ont vite été appréciées pour leur travail d’humanisation et  officiellement reconnues comme religieuses après très peu de temps, dans ce pays où il n’y a pas un pour cent de chrétiens.    

 

CONCLUSION 

Je veux maintenant mettre un terme à ce voyage que vous avez fait avec nous cet après-midi, et conclure ainsi : vous avez vu que nos commencements en ces pays sont tous marqués par la pauvreté et tant de fragilité.  Sans doute pouvons-nous y voir Dieu qui continue aujourd’hui de se faire petit à travers nos sœurs et qui s’approche de ceux et celles qui en ont le plus besoin.

 

Oui, nous pouvons l’affirmer, c’est à cause de la fidélité de Dieu pour nous, à cause de sa présence avec nous que des merveilles d’amour se réalisent. Oui, nous sommes en action de grâces et c’est la raison pour laquelle nous vous avons invités à venir célébrer avec nous la présence du Seigneur et ses bienfaits tout au long de ces 150 ans au service de la Vie. 
 

 

  

Entretien donné par sœur Nicole Caron, r.e.j. en ce 26 avril 2009, à l’église du Christ-Roi à Lévis.